Les premières lignes…si ça peut vous donner le goût!

                                          Songe à l’américaine

Chapitre 1 

 À quoi arrive-t-on, si l’on y arrive : pour le peu de temps qu’on y passera. 

 Eugène Vivier

24 décembre  

23h01

J’ouvris tranquillement la porte de mon appartement, un peu hésitante. Je sentis immédiatement  la noirceur et le froid m’accabler. Le thermostat affichait un mince 10 degrés. Quel accueil, quand même!

Pendant mon absence, Ben, mon voisin, devait  régulièrement passer pour garder mes plantes en vie et entrer le journal La Presse. En fait, il lui suffisait de descendre quelques marches puisqu’il habitait le logement juste en haut. Il avait visiblement  pensé à baisser le chauffage pour la nuit. À part une mince couche de poussière accumulée, rien ne semblait avoir bougé depuis les dernières 48 heures. Je revenais chez moi, dans « mes affaires » et ce, plus tôt que prévu.  Auparavant, un retour chez moi m’aurait réconfortée. Mais à ce moment précis, je me sentis déstabilisée, presque découragée. La peur d’être revenue au point de départ. Devant rien. Et surtout, de devoir y rester.

Ben avait pourtant prit la peine de m’écrire un mot :

Allo Axel,

 

Je suis tellement content que tu sois revenue.

Deux jours sans toi, c’est déjà trop, surtout dans le temps des fêtes!

Pas pareil les soirées sans ma p’tite voisine préférée.

J’ai besoin de toi ;  mon dvd est encore brisé!!

 

Ton Ben XX

Il veut rire de moi ou quoi?  Mon meilleur ami qui se réjouit de mon malheur. Un peu trop frustrée pour apprécier son humour. Désillusionnée. Déprimée. Tentative ratée. Complètement nulle. C’est fou comment on aime se compliquer la vie parfois. On fouille très loin pour se rendre compte qu’après tout, ça ne vaut pas toujours la peine et qu’on peut rarement changer les gens. Mais avant de comprendre ce concept, il nous faut errer de revers en revers. Et souffrir. Ou dans mon cas, se faire souffrir. Nourrir l’illusion aussi.

Épuisée d’un périple voué à l’échec, des nombreuses heures de vol et d’escales interminables, j’allumai la télé et m’emmitouflai sous ma couverture préférée, comme un enfant de deux ans rassuré par sa doudou. Besoin de réconfort ou de chaleur? Un peu des deux. Ou plutôt, beaucoup des deux! J’allumai la télé, on y jouait sur une reprise de la série américaine 6 Feet Under : la folle de Brenda qui tente de revenir dans la vie de Nate, pour une dixième fois! En moins de 2 minutes, je me sentis lâcher prise…

7 heures plus tard, j’entrouvris les yeux, déçue. J’avais passé la nuit entière sur mon canapé. Mes verres de contact complètement secs, je me levai et me dirigeai difficilement vers la salle de bain. Pas une si bonne affaire après tout, mon sofa Ikea.  Je comprends maintenant pourquoi ils ont discontinué ce modèle! Je demeurai un bon quinze minutes sous la douche.  Debout, les yeux clos, je savourais le jet chaud qui me massait les rhomboïdes. J’avais l’impression que l’eau presque bouillante et  le savon parfumé pouvaient effacer les événements des derniers jours, comme par évaporation!

Il y a de ça quelques mois, depuis septembre en fait, Matt et moi avions sérieusement discuté de la possibilité d’emménager sous le même toit. D’aller le rejoindre au fait. Beaucoup mieux que cette relation vécue à distance depuis 2 ans. Néanmoins, j’avais longuement hésité. Après avoir attendu 7 ans pour obtenir ma permanence au Collège, je l’avais finalement bien en main. Du même coup, un poste à temps complet en Français s’était libéré, comme par magie. Comment pouvais-je soudainement tout laisser tomber et quitter le pays? Puis, je me mis à me questionner : avais-je véritablement envie de passer mes journées entourée d’ados dormant au gaz? Et mes soirées à corriger des textes illisibles et incohérents d’une  gang d’incompétents de 15 ans? Pas sûr.

Des t-shirts, des shorts et des bikinis. Voilà ce que Matt m’offrait. Alléchant, non? Et le plus important, du vélo à l’année. Rouler le long de la côte longeant d’impressionnantes falaises près de la baie de San Francisco.  Partir à la découverte des routes enchantées de Santa Ynez Valley et de ses vignobles. Sans oublier Sausalito, Santa Clarita, Santa Cruz. Et qui sait, peut-être croiser Levi ou Scott Nydam? Bon plan! De toute façon, on pense toujours que ce sera mieux ailleurs. C’est dans la nature de l’homme : le gazon est toujours plus vert chez le voisin! Et le soleil plus radieux.


2 Responses to “Mon roman”


  1. 1 Pierre Dalphond
    30 août 2010 à 10:45

    Très, très impressionnant cette écriture, ce style, ce vocabulaire. Tu as lu ton père et ta mère!
    Je te félicite. Ça me dépasse. Lâche pas Marie-Jo. C’est beau!
    Et ton anglais, sur ton blogue … t’as pris ça où??? Ça aussi c’est très impressionnant! Bravo!

  2. 2 Christel Morin
    28 novembre 2010 à 3:15

    Salut Mari-Jo! Je suis très impressionnée par ton écriture c’est magnifique…Au plaisir de se revoir…


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